Message for Covit-19
 

La terre et la plaque (par Izumi)

 

Quand une grande épreuve qui n’a jamais été vécue commence à couvrir le monde, nous demandons :
“J’espère que nous pourrons retourner à notre vie d’origine, et que le monde retrouve son quotidien “

 

Quand j’ai contacté une amie chez laquelle je devais aller, pour reporter mon séjour en avril, elle m’a répondu d’une voix lumineuse :« Oui, ce sera peut-être bon à la fin du mois de mai. Juin sera la saison des pluies. »


C’est ce que nous avons pensé. À ce moment-là. Et encore maintenant. Qu’il faut attendre un peu. Que le monde revienne à ce que nous savions.

Catastrophes, guerres, guerres civiles, cela nous le savions quelque part dans un coin de nos têtes. Même sans expérience. Mais ça… Qu’est-ce que ça veut dire ?… Que la terre entière soit avalée, la peur, la tristesse, la solitude. Nous sommes restés stupéfaits. Qu’est-ce que ça veut dire ?…

A l’automne dernier, j’ai envoyé une plaque de cuivre de la taille d’une carte postale à plusieurs de mes amis partout dans le monde.
Je leur ai demandé de l’enterrer dans la terre pendant quatre ou cinq mois, ensuite de la déterrer, puis de me l’envoyer vers mars ou avril.


Car il y a beaucoup de matière organique qui dort dans le sol, des cellules humaines, animales, végétales, tant de souvenirs et de signes qui, quelques mois plus tard, devaient être capturés sur la plaque.


L’hiver est passé, le printemps est arrive, et les plaques sont toujours piégées dans le sol. Nous avons perdu les moyens de les envoyer, et nul ne peut prédire quand nous les aurons à nouveau.

Je pense que nous devons arrêter de penser. A ce que l’on pourrait faire le mois prochain. Ou cette année. Ou l’année prochaine.
Je ne peux plus retourner à ma vie d’origine. Oui, le monde ne retrouvera jamais le « quotidien » auquel nous pensions. Mais je crois aussi que ce qui nous attend n’est ni la ruine ni le désespoir. Ce qui nous attend, c’est un grand changement au-delà des attentes.
Et je vais continuer à demander le sens de ce qui se passe maintenant. Tout le reste de ma vie.


Comme le fer frappé et tordu, les pierres sont écrasées, mélangées et brûlées.

Les valeurs que nous avons accumulées au fil du temps, les réponses incontestables, nous verrons maintenant comment cela se transforme.

Il y a neuf ans, lorsque nous avons été frappés par la catastrophe de Fukushima, nous avons dit:
« Levez la tête et regardez en avant. Tenez-vous la main et croyez en l’avenir. »
Désormais, je m’incline, et reste seule à ma place. Je vois l’inutilité d’envisager l’avenir tel que le passé nous l’impose. La politique est corrompue.
On ne peut même pas se tenir la main

Alors amusons-nous.

Au moins un peu.

Pour cette fois, à cette époque. Et survivons.


Jusqu’à ce que la plaque de cuivre, emprisonnée dans la terre, revienne du monde.
Jusqu’aux marques sur cette plaque de cuivre lors de son passage dans ma machine à presse.
Jusqu’à cette date et au-delà, survivons.


Remplissons notre cœur d’amour.
Encore une fois, jusqu’à ce que la main de quelqu’un me caresse la joue.
Jusqu’à ce que le monde soit enveloppé d’une nouvelle lumière.

Izumi, le 19 avril 2020

EC_MOMOSE2.jpg
  • Instagram Social Icon
  • facebook

izoomimomose allright reserved      ---http://www.izoomi-m.com